Discours du Président de la République à la base navale d’Abou Dabi

Télcharger le discours du Pésident de la République à la base navale d’Abou Dabi, le 9 novembre 2017

Mesdames, messieurs les Ministres,
Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, messieurs les Parlementaires,
Amiral,
Officiers, Officiers mariniers,
Sous-officiers, militaires du rang des forces françaises aux Emirats arabes unis,
Mesdames et messieurs,
J’ai souhaité ce moment avec vous et je suis heureux d’être là aujourd’hui, au sein de cette
base navale, symbole du lien particulier qui unit la France et les Emirats arabes unis.
Notre présence ici – votre présence ici – c’est le signe d’une France qui prend ses
responsabilités, qui agit par la diplomatie mais aussi par l’action militaire dès lors que cela est
nécessaire. C’est le signe d’une France qui tient son rang dans un ordre mondial
profondément bousculé. C’est le signe d’une France qui tient ses engagements vis-à-vis de ses
alliés.

Je tiens à remercier le contre-amiral PIATON pour son accueil. Amiral, vous et les forces que
vous commandez connaissez parfaitement les intérêts de la France dans cette région du
monde, et à quel point ils sont liés à ceux des Emirats arabes unis. C’est tout le sens du
commandement interarmées qui vous est confié, qui s’exerce à la fois sur les forces françaises
stationnées dans ce pays mais également sur celles qui opèrent dans la zone maritime de
l’océan Indien.

Nous venons de le voir, ce qui se joue ici, c’est tout à la fois l’une des contributions françaises
essentielles à l’opération Chammal, à la lutte contre le terrorisme, à notre implication dans la
coalition dans une zone de guerre essentielle pour nos intérêts et la protection de nos
concitoyens. C’est plus largement la lutte contre le terrorisme, toutes ses formes de
financement et ces organisations dans toute la région proche et plus largement celle de l’océan
Indien.

C’est la protection de nos alliés, de nos partenaires au premier titre les Emirats arabes unis,
tous nos partenaires dans la péninsule mais également les partenariats nouveaux, ambitieux,
que nous nouons avec l’Australie mais aussi que nous avons en partage avec l’Inde.
Soldats, marins, aviateurs, vous portez chacun un savoir-faire indispensable pour répondre
aux missions que je vous ai confiées dans cette région aujourd’hui très perturbée du Proche et
Moyen-Orient. Nous y faisons face à de nombreux défis que vous connaissez et qui ont été
particulièrement bien soulignés par la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale
qui m’a été remise récemment. La France les avait anticipés et c’est d’ailleurs l’une des
raisons de notre implantation dans ce pays qui compte parmi nos grands alliés. Cette revue
porte un regard lucide, rationnel sur le nouveau contexte stratégique mondial. Nous sommes
entrés dans une ère de grandes turbulences.
Pour la plupart, les risques et les menaces auxquels nous sommes confrontés ne nous étaient
pas inconnus, mais leurs manifestations se sont accélérées, leurs effets se sont amplifiés et
rapprochés. Il s’agit en particulier du terrorisme djihadiste et je veux saluer l’action des
hommes et des femmes des armées françaises, qui partout font reculer l’hydre terroriste et
permettent de chasser les groupes barbares de leurs fiefs, vous ici et l’ensemble de nos soldats
à quelques centaines de kilomètres d’ici comme l’ensemble de nos forces spéciales.
C’est ce que nous avons réalisé encore il y a quelques jours à Raqqa, cette ville d’où les
attentats sur notre sol avaient été planifiés, organisés, dirigés. Presque deux ans jour pour jour
après ces attentats, nous avons gagné. Mais cette menace n’est pas la seule. Partout, nous
assistons aussi au retour des rapports de force, à la tentation de militarisation des relations
entre Etats, à la remise en cause des institutions et traités internationaux, à la contestation des
espaces communs.

La zone du Levant est illustrative de cette nouvelle tectonique des puissances qui recomposent
notre environnement stratégique. Le défi qui nous est d’ores et déjà posé est d’y reconstruire
la paix une fois que nous aurons gagné la guerre face à la barbarie. C’est dans ce contexte
général que vous devrez pouvoir intervenir demain.
Oui, je compte sur vous car la capacité militaire de la France est au cœur de mes ambitions
pour notre pays. Je compte sur vous aussi car nos intérêts et les valeurs que nous portons avec
nos alliés sont désormais directement exposés. Je compte sur vous enfin car nous évoluons
dans un environnement incertain où nos repères, nos certitudes peuvent rapidement être remis
en cause.

Nous avons gagné à Raqqa et les prochaines semaines et les prochains mois, je le crois
profondément, nous permettrons de gagner complètement sur le plan militaire dans la zone
irako-syrienne. Mais il n’en sera pas terminé pour autant de ce combat. La stabilisation dans
la durée, la lutte contre tous les groupes terroristes résiduels seront d’indispensables
compléments à la solution politique, inclusive, plurielle que nous voulons voir émerger dans
la région.
Mais surtout, dans plusieurs endroits de la corne de l’Afrique au Golfe, en passant par l’Asie
du sud-est et la bande sahélo-saharienne, nombreux sont encore les lieux où ce combat restera
pour les années qui viennent un combat aussi militaire. Je mesure l’exigence de l’engagement
que je vous demande, mais cette exigence c’est également la mienne et vous pouvez compter
sur ma détermination.

A 6 000 kilomètres de la France, au sein de cette base où est accosté aujourd’hui le Jean Bart,
sur la base aérienne 104, au 5ème Régiment des cuirassiers, vous êtes aux avant-postes de
notre défense et les acteurs du lien indéfectible qui unit les Emirats arabes unis et la France.
Vous assurez une présence dissuasive dans un environnement régional instable, mais vous
garantissez aussi notre capacité à réagir vite, à pouvoir renforcer nos moyens dans la région si
cela devenait nécessaire. Ces aptitudes, nous devons les cultiver en étroite collaboration avec
nos partenaires émiriens.

Cheville ouvrière de notre programme de coopération bilatérale et régionale, vous portez
l’expertise de nos armées acquise en opération et êtes équipés de nos matériels les plus
performants. J’ai vu à l’instant la fierté des marins du Jean Bart que je viens de visiter et je
tiens à vous féliciter, commandant, vous et votre équipage. Vous pouvez être fier de votre
déploiement et en particulier de celui que vous avez commencé en quittant Toulon le 31 juillet
dernier.

Vous l’avez débuté au sein du groupe aéronaval américain du Nimitz, en assurant des
fonctions d’escorte et de contrôle de l’activité aérienne. Vous êtes aujourd’hui intégré à la task
force 150 et contribuez à la sécurité maritime dans la zone, notamment en luttant contre les
trafics illicites. Vous êtes également en soutien à l’opération Atalante de lutte contre la
piraterie et apportez une capacité de réaction pour la sécurité dans la région. Par la diversité
de ces missions, par l’excellence des résultats déjà obtenus, vous démontrez l’efficacité de nos
armées.

Pour remplir ces différentes missions, vous pouvez vous appuyer sur les femmes et les
hommes qui servent au sein de la base navale. Point d’appui nécessaire pour notre marine
dans cet espace stratégique, cette base est aussi le lieu où se conçoit l’action conjointe des
armées puisque les forces françaises aux Emirats arabes unis agissent en mer, à terre et dans
les airs, en opération et par action de coopération. Ce savoir-faire interarmées, c’est le signe
de notre excellence opérationnelle, de celle qui nous est enviée et qui donne à notre pays une
crédibilité militaire incontestée.

Ce que vous faites chaque jour, ça n’est pas simplement protéger les Français, participer à ces
opérations et être aux côtés de nos alliés, mais c’est construire aussi chaque jour la crédibilité
de la France comme puissance militaire. Je peux vous dire ici que je le mesure chaque fois
que je m’adresse à mes homologues dans la région comme ailleurs.
Je mesure également votre rôle, vous qui servez au 5ème Cuirassiers, votre expertise
opérationnelle au sein du Groupement tactique interarmes qui regroupe chars Leclerc, VBCI
et canons CAESAR, mais aussi des capacités de logistique et de contrôle aérien avancé,
garantissant la robustesse du dispositif français. Les synergies permises par la communauté
d’équipement avec vos camarades émiriens sont un élément clé de notre relation.

Je veux aussi m’adresser aux aviateurs de la base aérienne 104. Votre action collective a
permis aux équipages de l’escadron Provence de participer aux opérations dans toute la
région. Je mesure l’intensité, la qualité remarquable de votre engagement. Je sais que vous
faites tout ce que vous devez faire et je sais tout ce que nous vous devons. Je tiens à cet égard
à saluer le général de brigade aérienne PARISOT qui, après avoir servi dans mon état-major
particulier, assure aujourd’hui des fonctions de représentant français auprès de la coalition.

Rien ne serait possible sans votre engagement. Rien ne serait possible sans la qualité de vos
relations avec vos camarades émiriens. Vous entretenez avec eux une coopération
opérationnelle de très haut niveau, dans tous les milieux, et je souhaite que ce partenariat
remarquable se poursuive, se développe dans l’esprit de confiance et de dialogue qui l’anime
depuis ses débuts.
En ce moment-même, l’exercice ATLC rassemble nos forces aériennes dans la préparation
aux missions les plus exigeantes. Il ne peut y avoir de coopération forte sans une dimension
humaine forte, et votre présence ici, votre travail au quotidien est la condition de cette
relation. Vous le savez, je suis venu inaugurer le musée du Louvre à Abou Dabi. Il est la
traduction profonde de notre attachement commun à la culture et à l’humanité. Et je vous
demande de vivre votre engagement aux Emirats arabes unis avec ce même esprit. En
dialoguant de manière étroite au quotidien avec vos homologues émiriens.
C’est la combinaison de votre savoir-faire et de votre savoir-être qui permet de tisser des liens
de confiance entre nos forces, et au-delà de vos missions présentes, ce que vous contribuez ici
à construire accompagne le Louvre Abou Dabi, accompagne notre implication avec la
Sorbonne, l’implication de toute la communauté française, des milieux d’affaires, de notre
jeunesse ici présente, de l’enseignement du français que nous devons continuer à développer.
Ce sont ces ponts humains qui font que, lorsque les choix les plus importants sont à prendre
dans un pays, on se souvient toujours de ses amis. On se souvient de celles et ceux avec qui
on a servi, auprès de qui on a combattu, parfois dix, quinze ou vingt ans plus tôt. On se
souvient de qui est venu protéger, agir. Ce que vous contribuez aussi à construire ici, c’est
notre coopération dans dix ans, quinze ans, vingt ans, avec les Emirats arabes unis et toute la
région. Ce sont des amitiés indéfectibles et c’est ce dialogue exigeant, parce qu’il est la
condition-même de cette humanité en partage.

Pour finir, je voulais vous dire ou vous redire que les Français sont fiers de vous. Parce qu’ils
savent qu’ici, à quelques milliers de kilomètres d’eux, et parfois avec eux pour tous nos
compatriotes engagés dans la vie de la région, vous accomplissez une mission essentielle, la
mission première de l’Etat : servir et protéger. C’est pour cela que nous sommes fiers de vous.
Fiers aussi de vos familles et je veux vous dire que cette reconnaissance de la nation, elle est à
partager en effet avec les vôtres.
Pour nombre d’entre vous, vos familles vous ont accompagnés ici et nous tenons à ce qu’elles
puissent vivre bien à vos côtés, que vos enfants puissent grandir et vos familles s’épanouir ici
avec vous. Mais je sais aussi les sacrifices qui sont faits sur le temps familial. Je sais toutes
celles et ceux qui ont laissé parfois à des milliers de kilomètres leur famille pour plusieurs
mois, parfois plusieurs années.
Vous le savez, j’ai demandé la mise en place d’un plan d’accompagnement des familles et
d’amélioration des conditions de vie des militaires. Ce plan vient de m’être présenté par la
ministre des Armées. Il apportera une réponse dès 2018 aux préoccupations qui ont été
exprimées et auxquelles je souhaitais répondre dans les tout premiers mois de mon mandat.
Voilà ce que je voulais vous dire en venant à votre rencontre. Vous faites un métier exigeant.
Vous êtes au service de la France, de toute la nation, mais vous le faites avec
professionnalisme. Vous le faites en portant haut les couleurs de la France. Vous le faites, je
le sais, avec ce goût de la dignité, du courage, cette force de l’exemple qui fait qu’ici aussi, et
partout où vous servez, la nation tout entière vous regarde et vous remercie. Vous avez toute
ma confiance. Vive la République et vive la France.